Tête de nègre
Publié le 30 Janvier 2012
D'abord,un petit rappel : tous les mercredis, Pierre Lours livre son poulet tout chaud, cuisiné avec les ingrédients de l’actualité.
Pierre Lours est par ailleurs l’auteur d’un polar-politique fiction, La révolte des silencieux (éditions Atelier Fol’fer), où les internautes jugent sans détour les personnalités du monde politique, économique, culturel et médiatique. Mais ce grand défouloir virtuel tournera vite au règlement de compte criminel aux multiples conséquences sur la vie politique. Un livre truffé de pamphlets contre ceux qui façonnent notre monde et qui le font tourner de travers.
Mais à propos de cuissons à la broche, laissons Pierre Lours entamer ses poulets et d’abord nous rappeler de quoi il retourne.
Nous savons tous qu’un poulet est le « petit de la poule de 3 à 6 mois » (Robert) ou « un terme de caresse qu’on emploie en parlant à un enfant » (Petit Littré). Mais c’est aussi un billet galant, parce que, selon Furetière, « ces billets généralement pliés en triangle imitent les ailes d’un oiseau » (Larousse du XXème).Et, par extension, on appelle poulet une lettre en général et ironiquement une correspondance vive, percutante et acerbe.
Ainsi donc, le poulet que je vous mitonnerai sera tantôt au miel, tantôt au fiel !...et parfois il n’y aura point de volatile du tout, par manque d’inspiration ou de matière…car comme nous a prévenu Alfred de Vigny dans son « journal d’un poète » : « La presse est une bouche forcée d’être toujours ouverte et de parler toujours. De là vient qu’elle dit mille fois plus qu’elle n’a à dire, et qu’elle divague souvent et extravague »
°+°
Geneviève Tabouis, célèbre chroniqueur radiophonique des années 50 et 60, commençait ses billets politiques par un claironnant et aigrelet « Attendez-vous à savoir ». Et bien j’attaquerai les miens par « Je vous fiche mon poulet ! ».
Je vous fiche mon poulet donc, que si ça continue, il sera difficile de nommer et donc d’acheter un gâteau ou je ne sais quoi de quelque peu traditionnel dans une échoppe bien de chez nous.
En effet quelle n’a pas été ma surprise de voir en devanture d’une excellente pâtisserie parisienne, que « La tête de nègre » avait laissé place à « une boule chocolat ».Interpelant gentiment la patronne des lieux, elle me confessa à mi-voix, qu’elle avait cédé aux récriminations de certains clients inconditionnels de l’antiracisme qui voyaient dans cette appellation ancestrale une insupportable insulte aux Droits de l’homme noir.
Comprenant le raisonnement, je conseillais à ma boulangère qui avait voulu sortir du pétrin ambiant, de rebaptiser sans désemparer, les jésuites, les religieuses, les polonaises et autres blanc-manger, sans oublier les macarons, car si un Ecossais (Mac) d’ascendance juive (Aron) passait par là, il risquerait de lui en cuire !
La pauvre femme souffla sa lassitude et ajouta que je n’avais pas fait le tour de tous ses gâteaux, à commencer par le croissant inventé par les Viennois pour fêter la débandade des Turques devant leur ville, et sans oublier, bien sûr, les congolais…
Pour la consoler, je lui dis qu’il ne servait à rien de voir la vie en noir (sauf à être Aimé Césaire, le génial inventeur de la Négritude et non de la Bravitude !) et qu’elle pouvait se réjouir de la liberté dont jouissait un de ses confrères charcutier nommé Rome (comme la ville du Pape), commerçant à Sainte-Eulalie, et qui débitait hardiment des tranches de Jésus (un bon gros et gras saucisson), sans qu’une grenouille de bénitier ne songe à le poursuivre en justice !
Alors, comme le dit la chanson, « Tout ça ne vaut pas un clair de lune à Maubeuge »… le jour de la Saint-Honoré, patron des pâtissiers !
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