Mal-élevé

Publié le 25 Janvier 2012

Je vous fiche mon poulet que si ça continue vous pourrez remplacer votre carte d’identité par une carte de fidélité de supermarché !

Mais d’abord ouvrons le dictionnaire. Société : « Groupe d’hommes réunis en une seule communauté », nous dit notre ami Larousse, une sorte de communauté universelle à la façon du contrat de mariage embrassant le passé, le présent et l’avenir des contractants. Cependant voilà, notre société ressemble de plus en plus à une communauté réduite aux acquêts, aux acquisitions exclusivement matérielles, l’esprit et le cœur étant abandonnés aux portes des grandes enseignes de distribution.

Tenez, les Parisiens savent désormais, grâce à des panneaux publicitaires flanquant leurs camions poubelles, qu’il est interdit d’uriner contre les murs de la ville lumière ou de confondre, par exemple, le champ de Mars avec une décharge municipale… Que Monsieur Delanoë et ses Verts (qui le flanquent aussi de près) en soient arrivés à faire la leçon aux électeurs comme feu l’instituteur républicain en blouse grise ou le frère des écoles chrétiennes en soutane, la situation doit être grave !

Il est vrai que le délitement de notre société ne date pas d’hier. Je me souviens, il y a 30 ans, je regardais avec surprise une section d’élèves-officier polytechniciens mettant un point d’honneur à ne pas marcher au pas alors qu’ils se déplaçaient en rangs serrés. Evidemment il ne fallait pas être admis dans cette prestigieuse école pour prévoir qu’ils allaient se marcher sur les talons, mais oui mon bon Achille !

Une autre fois, quel n’a pas été mon étonnement de voir devant une jolie crèche de Noël érigée au cœur d’une solennelle abbatiale auvergnate, une mère âgée d’une trentaine d’années, présentant tous les signes extérieurs d’une éducation minimum, encourager son rejeton de 5 ans à emporter un des adorables moutons. J’ai eu le plus grand mal à lui faire admettre que ce n’était ni autorisé ni souhaitable pour son enfant.

Il y a quelques jours, cheminant dans une Micheline revue Train Express Régional, je côtoyais une dame de 70 printemps, bien mise et bien élevée. Elle s’entretenait avec sa chienne des joies du voyage, quand le contrôleur lui rappela qu’une muselière devait être ajustée à l’animal. Notre petite bourgeoise en déplacement s’offusqua de cette obligation, protesta de la gentillesse légendaire de son amour de …Pitbull ! Un Bobo, style grand Duduche, ne manqua pas de soutenir la contestataire dans son action de désobéissance ferroviaire. Devant l’insistance du cheminot, madame obtempéra provisoirement, redonnant au quadrupède (je parle du chien pas du Bobo) son droit à la parole et peut être aussi celui de mordre, dès que que l’affreux représentant de l’ordre eut tourné les talons…Ah, toujours cet Achille !

Mais de quoi je me plains ! Qui n’a pas pesté contre le cuistre en 4X4, tous feux de détresse allumés, déposant sans se presser à la porte de l’école sa merveille du monde à laquelle il fallait épargner quelques mètres de fatigue, même en provoquant un gros bouchon. Qui n’a pas eu les oreilles déchirées par une pétrolette hurlante chevauchée par un jeune conducteur, fier d’exister bruyamment en attendant d’être un vieux, paradant sur une Harley modifiée tracteur agricole pour pétomane à moteur ! Je laisserai de côté les crachats marquant son territoire comme un chien balise le sien, le papier jeté sur la chaussée histoire de donner du travail aux balayeurs (j’ai le droit, paye des impôts, moi !)

Mais brisons là, en compagnie du philosophe Michéa pour conclure ce poulet de basse-cour : tous ces tristes comportements ne sont finalement que la concrétisation de l’individualisme libéral, c'est-à-dire de l’idée que « chacun est seul juge de la façon dont il doit persévérer dans son égoïsme ».

Tout ça ne vaut pas un clair de lune à Disneyland, frites et hamburger compris !

Mal-élevé

Rédigé par Pierre Lours

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