Décorations

Publié le 10 Janvier 2012

Je vous fiche mon poulet que si ça continue, il va falloir réfléchir à deux fois avant de se laisser épingler !

Il y a quelques jours, le Commandant Hélie Denoix de Saint Marc, Résistant, Déporté, valeureux soldat d’Indochine et d’Algérie (où pour rester fidèle à sa parole et à son combat il participa au putsch d’Alger à la tête du 1er REP afin de ne pas abandonner les Harkis), donc Hélie Denoix de Saint Marc a été élevé, avec juste raison, à la dignité de Grand Croix de la Légion d’honneur par le Président de la République… pour s’attirer les bonnes voix de la droite Nationale lors des prochaines présidentielles, persifflent les perfides !

On pourrait leurs rétorquer que cette décoration est évidemment amplement méritée, mais si ce n’était pas le cas, elle serait de bonne guerre car de tous temps les décorations ont servis à s’attacher les poitrines que l’on épinglait.

De tous temps, sauf entre 1791 et 1793, où les révolutionnaires ont supprimé toutes les décorations, attribuant toutefois à partir de 1799 « les Armes d’honneurs » aux seuls soldats ayant accompli une action d’éclat.

Constatant la défaillance d’un arsenal aussi léger, Bonaparte souligna l’utilité des distinctions lors de la création de la Légion d’honneur, le 29 Floréal an X (19 mai 1802) : « Je défie qu’on me montre une République ancienne ou moderne dans laquelle il n’y a pas eu de distinctions (…) Les Français n’ont qu’un sentiment d’honneur. Il faut donc donner un aliment à ce sentiment là.»

Ce grand chef, ce grand manipulateur, déclara plus abruptement que l’ « on gouverne les hommes avec des hochets ».Il est vrai qu’un de ses anciens, le roi Edouard III, institua en Angleterre, le 19 janvier 1350, l’Ordre de la Jarretière. Vous connaissez l’histoire ! La comtesse de Salisbury, maîtresse du Roi, perd sa jarretière lors d’un bal, le Roi la relève et proclame devant les rires des courtisans « Honni soit qui mal y pense », ajoutant que tel qui riait de cette jarretière s’estimerait bientôt heureux d’en porter une semblable. L’ordre de la jarretière était né !

Dans les deux cas, ces chefs d’Etat se faisaient une piètre idée de leurs sujets : être décoré d’un hochet ou d’une jarretière, on était transformé soit en bébé pleurnichards ou en maîtresse du Roi, ce qui convenait mal avec la virilité militaire supposée des récipiendaires…

Et les chansonniers d’entonner, rapprochant l’Ordre de la Jarretière avec celui du Bain (autre ordre anglais) : « Comme de la prude Angleterre, chaque ordre porte un curieux nom ! C’est le Bain et la Jarretière, dans quel costume les met-on ? ».

Mais revenons au fait.

Que les décorations servent d’instrument de conduite au service des intérêts de l’Etat, voilà une monnaie qui ne coûte pas chère au contribuable ! Elle peut même d’ailleurs rapporter, non pas à la République mais aux Républicains, en cas de juteux trafics !

Qu’elles soient données aussi bien aux titulaires de Disques d’or qu’aux héros des champs de batailles ou des jours ordinaires, c’est de bonne politique démagogique !

En fait, c’est au futur récipiendaire d’avoir un tantinet de jugeote et de se demander si l’on n’est pas en train de se payer sa pomme à moindre frais, de s’attacher sa personne avec des… rubans ! Gageons d’ailleurs que ni le commandant Hélie Denoix de Saint Marc, ni les Harkis, ni les pieds-noirs ne se laisseront circonvenir par le procédé.

Alors « Porter sa gloire en sa poitrine » ? … décider qu’« une décoration ça ne se demande pas, ça ne se refuse pas, ça ne se porte pas » ?

Voici deux solutions qui éviteront peut-être de rougir, la rosette à la boutonnière, en croisant un ancien combattant arborant la même décoration, mais traînant un pauvre corps mutilé.

Tout ça ne vaut pas un clair de lune un soir de Noël, derrière un grand sapin enneigé, constellé de décorations !

Décorations

Rédigé par Pierre Lours

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article