L'Amour à double tour !
Publié le 2 Juillet 2014
Je vous fiche mon poulet que, plus que jamais, la bêtise est cadenassée à l’Homme.
Les moutons de Panurge qui arpentent le monde en hordes touristiques le prouvent chaque jour avec application en accrochant leur cadenas gravé aux initiales de leur amour à un pont, à une fontaine, enfin aux vus et aux sus de tous, pour que leur serments éternels s’accrochent à la rambarde …du temps.
Cette mode névrotique a commencé en Serbie aux alentours de la première guerre mondiale et s’est propagée ces dernières années à la vitesse du net dans le très pauvre champ symbolique de notre civilisation marchande, engendrant d’ailleurs de juteux bénéfices pour des malins vendant des « cadenas d’amour » gravés à vos initiales entre 10 et 80 euros !
Et ça marche ! Les cadenas d’amour s’accrochent gaillardement comme une nuée de morpions à la passerelle Simone de Beauvoir (les risques de l’amour libre, sans doute !) ou sur les gardes fous du Pont des arts.
A tel point que la Maire de Paris, ou de ce qu’il en reste, s’en est inquiété : ces amas de métaux fragilisent les édifices et polluent l’esthétique des sites. Notre Hidalgo a donc demandé urbi et orbi que l’on « propose des alternatives à la fois artistiques, solidaires et écologiques ». Fermer le ban de la langue de bois !
Il est vrai que dans le vaste club méd dans lequel nous vivons, tout dérivatif aux problèmes que nos élites sont incapables de régler est accueilli avec soulagement.
Mais enfin, quel magnifique oxymore que de marier le mot amour avec cadenas. Brassens en son temps nous exhortait déjà à ne pas graver nos noms au bas d’un parchemin, avant d’ajouter, vous vous en souvenez, « au diable les maîtresses queux qui attachent les cœurs aux queues des casseroles ».
Comment, en effet, oser lier l’Amour à cet objet qui a enchaîné des colonnes de prisonniers, comment ne pas mieux tromper que de laisser croire que l’Amour peut s’arrêter à une promesse alors qu’il meurt dés qu’il s’agrippe ?
Une fois encore, donnons la parole à Zarathoustra, qui du haut de ses sentences clame à tue tête : « Aimez et disparaître : ceci s’accorde depuis des éternités. Vouloir aimer, c’est aussi être prêt à la mort. C’est ainsi que je vous parle, poltrons ! »
Tout ça ne vaut pas un simple clair de lune, n’est-ce-pas Monsieur Nietzsche ?
/image%2F0478859%2F201303%2Fob_fc486f14358206c36208ead357bed433_voeux-pierre-lours.jpg)
